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Ferrari vs McLaren : 2008, quand l’argent vire à l’or et à l’orange

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Ferrari vs McLaren : 2008, quand l’argent vire à l’or et à l’orange

Message par modena49 le Lun 18 Fév - 20:55


Neuvième et dernier chapitre du duel entre Woking et Maranello, la saison 2008 fut aussi celle qui vit une page se tourner ... Jean Todt laissait les clés de Ferrari à Stefano Domenicali quand chez McLaren, Ron Dennis s’apprêtait à abdiquer au profit son adjoint Martin Whitmarsh. Chez les pilotes, profitant de l’étonnante démotivation de Kimi Räikkönen, Felipe Massa endossait le costume de leader de la Scuderia face à un Lewis Hamilton plein de panache dans sa flèche d’argent. Le pilote au casque jaune emportait finalement la joute sur les terres de son rival brésilien, dans un final époustouflant de suspense, à Interlagos.

Sacré in extremis fin 2007 à Interlagos, Kimi Räikkönen part favori en 2008. Leader de Ferrari, Iceman a pris un ascendant psychologique indéniable sur Felipe Massa.
Après une première saison où il avait fallu quelques courses d’adaptation, le Finlandais va pouvoir donner la pleine mesure de son talent.

La Scuderia Ferrari, elle, doit venger le souvenir douloureux de son quinzième titre constructeurs. Certes, Woking avait triché via l’affaire d’espionnage avec une MP4/22 si fortement inspirée de la F2007. Mais cette couronne acquise sur tapis vert face au duo Hamilton - Alonso a laissé un goût de cendres du côté de Maranello ...

Le Cavallino Rampante doit gagner en 2008 avec la manière. Chez McLaren, Lewis Hamilton devient la clé de voûte de l’écurie. Woking a recruté Heikki Kovalainen pour remplacer Fernando Alonso. L’Espagnol est reparti chez Renault, suite à l’explosive cohabitation avec Hamilton. Orphelin du pilote asturien dans l’optique des réglages de la MP4/23, Hamilton doit prouver qu’il peut gérer seul la pression d’un top team. Outsider en chef de Räikkönen, Black Senna peut comme Emerson Fittipaldi (1972) ou Jacques Villeneuve (1997) réussir l’exploit de gagner le championnat du monde pour sa deuxième saison complète.

La présentation de la MP4/23 a lieu à Stuttgart, fief de Mercedes, témoignant de l’implacable volonté de la firme allemande de faire plier Ron Dennis. L’étoile n’a pas pardonné au team manager anglais la suprême humiliation de l’affaire d’espionnage Coughlan - Stepney en 2007.

Ron Dennis va vivre sa dernière saison en tant que directeur de l’écurie McLaren. L’ancien mécanicien de Jochen Rindt, chez Cooper en 1966, a bâti au fil des saisons un empire chez McLaren, avec des pilotes de l’envergure de Niki Lauda, Alain Prost, Ayrton Senna ou encore Mika Häkkinen. Ayant porté Woking au pinacle du sport automobile, Ron Dennis veut couronner d’un titre mondial son jeune protégé Lewis Hamilton, pilote qu’il accompagne depuis l’adolescence ...

A 23 ans, Hamilton deviendrait le plus jeune champion du monde de l’Histoire ... Ironie du destin, si Ron Dennis vit sa dernière campagne avec McLaren, son alter ego Jean Todt, chef d’orchestre chez Ferrari depuis juillet 1993 à Magny-Cours, se prépare à une seizième et ultime saison comme directeur de la gestion sportive de la Scuderia.

L’ancien copilote de Guy Fréquelin est en guerre ouverte avec le président de la Scuderia, le marquis Luca Cordero Di Montezemolo. Ce dernier, protégé des Agnelli, avait été aurolé de gloire en 1974 et 1975. Imposé par l’Avvocato Agnelli en 1973 au Commendatore, Di Montezemolo avait redonné son lustre à Ferrari avec des pilotes tels que Niki Lauda et Clay Regazzoni. Une fois son pari réussi, l’ancien diplôme de l’université new-yorkaise de Columbia avait laissé Lauda et Forghieri face à Daniele Audetto, en 1976.
Rappelé par FIAT fin 1991, après le limogeage de Piero Fusaro, qui payait le navrant épisode du renvoi d’Alain Prost (faisant suite aux déclarations du Français à Suzuka), Di Montezemolo s’était vécu conseiller par Niki Lauda et Bernie Ecclestone le nom de Jean Todt, responsable de la compétition chez Peugeot. Une recommandation de Jean Sage (ancien dirigeant de Renault Sport et donc rival de Todt) au responsable italien avait convaincu Montezemolo d’engager Jean Todt.
Ayant reçu un veto irrévocable de Jacques Calvet pour l’engagement du lion en F1, Todt n’avait pas hésité, au printemps 1993, au moment de signer chez Ferrari. Jean Todt effectuait ses débuts comme directeur sportif de Ferrari au Grand Prix de France 1993.

Ayant carte blanche, Todt put engager le meilleur pilote du plateau, Michael Schumacher, et constituer autour de lui une équipe d’exception. Reconstituant la Dream Team des années Benetton, Todt engagea Ross Brawn et Rory Byrne. Fin 1996, Todt, opiniâtre, n’avait pas hésité à faire abdiquer Rory Byrne, parti en retraite sur l’île thaïlandaise de Phuket pour ouvrir un centre de plongée sous-marine.

Dès 1997, le trio Schumacher - Brawn - Byrne offrait des résultats concrets à la Scuderia. Le Kaiser frôlait le sacre à Jerez. Battu par Villeneuve en Andalousie, le pilote allemand était encore coiffé sur le poteau en 1998, à l’ultime course, par Mika Häkkinen, à Suzuka.

En 2000, le travail du carré d’as Todt - Schumacher - Brawn - Byrne était enfin récompensé. Ferrari retrouvait le sommet de la pyramide. Couronné à Suzuka, le Kaiser mettait fin à 21 ans de disette pour l’écurie italienne, privée de sacre depuis 1979 (Jody Scheckter). Cinq ans après son deuxième titre, l’ogre allemand devenait triple champion du monde. La Dream Team, implacable, ne s’arrêtait pas là et enfilait les couronnes comme des perles jusqu’en 2004, forte d’un axe de développement privilégié avec Bridgestone.

Fort de résultats sportifs inattaquables, Jean Todt jouissait d’un prestige inouï, malgré de navrantes polémiques comme le Grand Prix d’Autriche 2002. Luca Di Montezemolo se voyait relégué dans l’ombre du Français.

En 2008, Montezemolo se retrouvait débarrassé de tous ses mandats chez FIAT (le temps d’assurer la transition pour John Elkann) et à la Cofindustria (le patronat italien). De retour à 100 % à Maranello, le marquis voulait reprendre le pouvoir des mains de Todt. Le combat des chefs était engagé. Dans cette guerre politique, Montezemolo voulait conduire Todt à quitter le navire.

En 2005, Montezemolo souhaitait recruter Fernando Alonso, grand espoir du plateau et futur champion du monde avec Renault. Mais l’Espagnol était persona non grata pour Jean Todt, le Français n’ayant jamais pardonné au champion asturien d’avoir rompu un contrat fin 2001 pour signer comme pilote essayeur avec Flavio Briatore et le Losange. Mais via le jeu des chaises musicales, l’autre pilote virtuose du plateau, Kimi Raikkonen, se retrouvait en position de force pour négocier avec Luca Di Montezemolo. Steve et David Robertson, les managers d’Iceman, lassé de sa collaboration avec McLaren et du paternalisme de Ron Dennis, savaient qu’ils étaient en position de force face à Ferrari pour 2007.

Imposant sa férule à Jean Todt, Montezemolo mettait un ultimatum au Kaiser Schumacher. En 2006, âgé de 37 ans, le septuple champion du monde allemand ne représentait plus l’avenir de Ferrari. Pourtant, Schumi était défendu bec et ongles par Jean Todt. Pour 2007, Schumacher n’avait que deux options: accepter la présence d’un fauve comme coéquipier, en l’occurrence l’exceptionnel Kimi Raikkonen ou quitter la F1 ... L’Allemand, qui n’avait été le coéquipier d’aucun de ses grands rivaux (Damon Hill, Mika Häkkinen, Juan Pablo Montoya) tira sa révérence fin 2006, annonçant son retrait en conférence de presse, à Monza, après une victoire acquise devant les tifosi, dont il était l’idole absolue.

Avec le départ de Schumacher, Montezemolo avait gagné la première bataille. Le marquis réussissait à se défaire de l’influence de la Dream Team, auréolé d’un prestige sans limites en Italie ... Mais Jean Todt appliquait la loi du talion dès 2007.
L’idée de Montezemolo était, à horizon 2009, d’associer Fernando Alonso à Kimi Raikkonen chez Ferrari pour créer un tandem d’exception. Voyant l’empoisonnement croissant des relations entre Alonso et Ron Dennis chez McLaren au fil du championnat 2007, le marquis envisageait de faire signer le prodige espagnol au plus vite ... Toujours opposé à la venue d’Alonso chez Ferrari, Jean Todt coupait l’herbe sous le pied de Montezemolo ... en prolongeant le contrat de Felipe Massa jusqu’en 2010. Le jeune Brésilien, positionné sur un siège éjectable, sauvait sa tête.
Tel était le contexte chez Ferrari à l’aube du championnat 2008. Orphelin de Ross Brawn (parti chez Honda après une année sabbatique), du Kaiser Schumacher et de Rory Byrne, Jean Todt était l’ultime membre de la Dream Team. Montezemolo finirait par avoir sa peau, après une terrible guerre politique, d’usure ...

Le championnat du monde s’ouvrait en Australie avec la victoire fracassante de Lewis Hamilton. Le jeune Anglais annonçait la couleur en imposant sa flèche d’argent avec autorité. Ferrari avait sombré dans cette course.

Mais Kimi Raikkonen ramenait le sourire à l’écurie italienne à Sepang, après une victoire qui légitimait son statut de champion du monde en titre. Sur le podium malais, Iceman devançait Robert Kubica et Heikki Kovalainen. Le jeune Polonais de BMW gagnait en envergure et allait montrer en 2008 qu’il pouvait dominer son coéquipier allemand, Nick Heidfeld. Lewis Hamilton, pénalisé en qualifications pour avoir gêné Heidfeld, terminait cinquième mais conservait la tête du classement. Seul bémol, chez Ferrari, la deuxième course de Felipe Massa avec un zéro pointé. Le Brésilien, soumis à la pression d’Iceman, voulait absolument prouver qu’il pouvait dominer son prestigieux coéquipier scandinave.

La presse italienne réclamait le renvoi de Massa, ce qui relançait les spéculation sur une arrivée potentielle d’Alonso dans l’écurie italienne. En effet, condamné au purgatoire chez Renault, le champion espagnol voulait absolument relever le défi Ferrari.

Mais Felipe Massa fut maintenu comme titulaire et prouva dès Sakhir qu’il pouvait encore se transcender dans un cockpit. Prince du désert, le Brésilien remporta la victoire au Grand Prix de Bahreïn, devant son coéquipier Raikkonen. Le Finlandais récupérait la tête du championnat alors que Lewis Hamilton rentrait bredouille de Bahreïn. Ayant percuté l’arrière de la Renault d’Alonso, le pilote au casque jaune était condamné à une course anonyme dans le ventre mou du peloton, face à la modeste Force India de Giancarlo Fisichella. BMW s’annonçait comme la troisième force du championnat, ayant signé la pole position grâce au merveilleux pilotage de Robert Kubica, coktail idéal entre agressivité et finesse.

En Espagne, Räikkönen rétablissait l’ordre naturel chez Ferrari, battant Massa ... Avec ce deuxième doublé consécutif, la Scuderia affichait son statut de favorite alors que McLaren était méconnaissable. Troisième, Lewis Hamilton limitait les écarts face à Räikkönen (29-20). Kubica, quatrième à Barcelone, confirmait son excellent de début de saison dans l’ombre des deux top teams.

Le duel Woking - Maranello se prolongeait ensuite à Istanbul, sur les rives du Bosphore. Déjà vainqueur en Turquie en 2006 et 2007, Felipe Massa confirmait son habileté sur le circuit d’Istanbul en remportant la victoire, dominant Hamilton parti sur une stratégie décalée et offensive à trois arrêts. Troisième, Räikkönen conservait le leadership du classement, mais voyait ses deux rivaux revenir sur lui (35 pour Kimi, 28 pour Massa et Hamilton), tandis que Kubica, une fois de plus quatrième, se plaçait en premier outsider.

A Monaco, Felipe Massa signait la pole position. La Principauté, pour la première fois depuis 1997, allait être noyée sous la pluie. Malgré une erreur de pilotage en début de course, Lewis Hamilton sortait vainqueur d’un Grand Prix piégeux. Lauréat du prestigieux Grand Prix sur le Rocher monégasque, Hamilton retrouvait le sourire après un difficile enchaînement Sakhir - Barcelone où le pessimisme primait chez McLaren. Le champion emblématique de Woking, cerise sur le gâteau, retrouvait la tête du championnat. Derrière Hamilton, Kubica et Massa montaient sur le podium, tandis que Räikkönen ne voyait pas l’arrivée, mettant fin par une erreur à une course magistrale du jeune espoir allemand Adrian Sutil (Force India).

Cependant, Ron Dennis avait changé son fusil d’épaule ... Ayant martelé pendant tant d’années son credo d’égalité entre pilotes, qui n’était que théorique, le patron de McLaren changeait de politique en désignant clairement Heikki Kovalainen comme pilote n°2. Le Finlandais, systématiquement plus chargé en essence qu’Hamilton le samedi, partait plus loin sur la grille et se voyait souvent contraint de lutter dans les premières places de la meute des poursuivants, derrière le quatuor majeur Hamilton - Massa - Räikkönen - Kubica.
A l’inverse, chez Ferrari, Jean Todt, opposé à toute notion de compétition à l’époque du Kaiser Schumacher, défendait ostensiblement la saine émulation existant entre les deux coéquipiers qu’étaient le Finlandais Räikkönen et le Brésilien Massa. Bien qu’ayant apporté en 2007 une couronne des pilotes à Ferrari, Iceman n’était pas dans une position privilégiée comme l’avaient été Schumacher (Ferrari) ou Alonso (Renault), Briatore ayant calqué le fonctionnement du Losange sur celui de Ferrari pour faire triompher son joyau espagnol en 2005 et 2006.

Au Canada, ayant le vent en poupe après son triomphe monégasque, Hamilton signait avec panache une superbe pole position. Favori sur l’Ile-Notre-Dame après son succès de 2007, l’Anglais allait pourtant connaître une terrible désillusion le dimanche, sur le circuit québécois. Dans l’allée des stands, le jeune pilote anglais allait encastrer sa flèche d’argent sur le bolide écarlate de celui qu’il croyait être la plus sérieuse menace pour lui dans l’optique du sceptre, Kimi Räikkönen. Erreur, frappé de démotivation selon certains, Iceman serait l’ombre du pilote exceptionnel vu en 2007. Paradoxe criant, le Finlandais signait tout de même 10 records du tour au volant de sa Ferrari, en 2008. Pas mal, pour un pilote à l’appétit de victoires déclinant ... Du coup, le rival d’Hamilton pour le sacre serait le Brésilien Felipe Massa. Ce dernier n’était pas encore de l’envergure d’un champion du monde, mais il avait beaucoup progressé, loin du pilote brouillon qu’il était lors de ses années Sauber. Orphelin d’Ayrton Senna depuis 1994, le Brésil se prenait de nouveau à rêver à un champion du monde, titre attendu depuis 1991, titre resté utopique pour Rubens Barrichello malgré son passage chez Ferrari entre 2000 et 2005.

Profitant des malheurs de Hamilton et Raikkonen, Robert Kubica offrait à BMW sa première victoire en F1. La firme bavaroise confirmait ainsi la progression entrevue depuis 2007. Devançant son expérimenté coéquipier allemand Nick Heidfeld, Kubica faisait coup double ... Le jeune espoir polonais ouvrait son compteur personnel de victoires et prenait la tête du championnat, au nez et à la barbe du trio infernal des deux top teams. Woking et Maranello étaient forcées de réagir. Mais Kubica ne pourrait prolonger longtemps son état de grâce. Une décision politique de Mario Theissen allait compromettre les chances de Kubica. Préférant spéculer sur 2009 et le nouveau règlement technique (KERS, pneus slicks, ailerons avant modifiés), l’état-major de BMW décidait de geler le développement de la F1.08. Au volant d’un bolide figé, incapable de concurrencer jusqu’au terme McLaren et Ferrari, Kubica ne pourrait accomplir de miracles. En fin de saison, quatrième avc 75 points, les regrets seraient grands pour le natif de Cracovie, à seulement 23 points du champion du monde ... En 2009, les regrets seraient encore plus grands pour BMW et Kubica. La marque allemandetomberait de Charybde en Scylla, ratant comme tous les top teams son début de saison. Le fiasco se prolongerait toute l’année pour la marque à l’hélice, plongeant Kubica et Heidfeld dans une campagne anonyme. Mario Theissen s’était trompé, ayant hypothéqué les chances d’une couronne des pilotes, 25 ans après celle obtenue par Nelson Piquet en 1983, fort du superbe moteur turbo conçu par Paul Rosche. Troisième sur le circuit Gilles-Villeneuve, David Coulthard apportait un podium à l’équipe autrichienne Red Bull. A 37 ans, le vétéran écossais vivait son ultime campagne en F1.

En France, Felipe Massa profitait des malheurs de son coéquipier finlandais Raikkonen pour s’imposer à Magny-Cours. Deuxième de la course, Iceman sauvait l’essentiel avec un podium, assurant le troisième doublé de la saison pour Ferrari. Quant à Lewis Hamilton, il rentrait bredouille de sa course dans la Nièvre, après un Grand Prix anonyme dans le peloton.

A Silverstone, Hamilton débarquait dans son fief avec une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête. La pression était sur le pilote anglais, décroché au classement (48-38 pour Massa). Se mettant trop de pression, le jeune homme n’était pas encore sorti de l’adolescence ... Son colossal appétit de victoires, digne de Pantagruel, lui faisait confondre vitesse et précipitation. Trop impatient, trop désireux de réussir, trop exigeant avec lui-même, trop persuadé que son destin ne pouvait être autre que celui d’un champion du monde, la vedette de McLaren commettait donc trop d’erreurs.

Celle commise dans son tour de qualification du samedi, devant son public de Silverstone, le plongea dans le désarroi. L’optimisme n’était pas de mise dans le clan Hamilton dans l’optique du dimanche. Ultime camouflet, Lewis, quatrième, avait vu son coéquipier finlandais Heikki Kovalainen cueillir la pole position. Mais le dimanche, récitant à perfection une partition sans fausse note, le virtuose Hamilton bouclait une course d’anthologie sur l’ancien aérodrome de la Royal Air Force, noyé par la pluie.
Courant avec panache, le pilote métis réussissait l’exploit de repousser son dauphin du jour, Nick Heidfeld, à une minute pleine. Par cette démonstration d’habileté dans des conditions d’adhérence précaire, Hamilton s’incrivait dans la lignée des mythiques Rainmasters du passé, les Rudolf Caracciola, Jim Clark, Jacky Ickx, Ayrton Senna ou encore Michael Schumacher. Cerise sur le gâteau, le pilote au casque jaunerejoignait Raikkonen et Massa en tête du classement. Les trois rivaux se retrouvaient ex aequo (48 points) de justesse devant Kubica (46). Le suspense était à son comble ... Quatrième, le Finlandais avait vu ses chances compromises par un mauvais choix stratégique de Ferrari, tandis que le Brésilien avait sombré sous la pluie, en proie à de nombreuses sorties de piste. Piégé par l’aquaplaning, Massa avait livré une course médiocre, indigne d’un candidat au titre mondial, tandis que Kubica, parti à la faute, ne commettait que sa première erreur de pilotage de la saison!

En Allemagne, dans le chaudron d’Hockenheim, Lewis Hamilton enfonçait le clou, l’emportant avec autorité. La clé de voûte de McLaren, victorieux malgré une erreur de stratégie de Woking, prenait un ascendant psychologique sur Felipe Massa. Parti en pole, Lewis Hamilton se retrouvait troisième après l’intervention du pace-car. Le jeune coéquipier d’Alonso chez Renault, Nelsinho Piquet, se retrouvait propulsé aux commandes du Grand Prix par la force des évènements. Quatrième, Hamilton passait son coéquipier Kovalainen sur ordre radio de McLaren. Puis, la proie suivante du virtuose anglais était son rival direct au championnat, Felipe Massa. Enfin, Hamilton ne fit qu’une bouchée de Nelsinho Piquet, leader chanceux de ce Grand Prix d’Allemagne. Leader du championnat devant Massa (58-54), Hamilton semblait prendre de l’envergure et assumer la pression chez McLaren. Kimi Räikkönen, lui, avait livré une course anonyme. Sixième, le Finlandais inquiétait de plus en plus les observateurs. Iceman, sans victoire depuis son succès en Catalogne fin avril, était une énigme. Personne ne savait quand la disette de Kimi allait prendre fin.

A Budapest, Felipe Massa frôla la victoire. Livrant une course superbe après un départ fulgurant, le pilote brésilien fut cruellement trahi par son moteur à trois tours du terme. La victoire s’offrit, tel un miracle, à Heikki Kovalainen, porteur d’eau d’Hamilton chez McLaren. Ce dernier, cinquième derrière Glock, Raikkonen et Alonso, creusait l’écart sur le pilote de Sao Paulo (62-54).

Massa eut sa revanche au Grand Prix d’Europe, sur le circuit de Valence tracé autour du site de la Coupe d’America. Battant son rival Hamilton après une course aux allures de procession entre les murs du tracé valencian, Felipe Massa se rapprochait au classement de l’Anglais (70-64). Trahi par sa Ferrari, Raikkonen n’était plus très loin d’abdiquer au championnat.

Dans les Ardennes belges, le phénix Iceman renaissait de ses cendres. Transcendé, pilotant à nouveau tel un magicien, le Finlandais tirait la quintessence de son bolide rouge. Sur le toboggan majestueux de Spa Francorchamps, seul un autre pilote pouvait soutenir la cadence infernale imprimée par Kimi Raikkonen, triple vainqueur en Belgique (2004, 2005, 2007): Lewis Hamilton.
Face au Scandinave, leader de la course sur son circuit fétiche, le jeune Anglais aurait fort à faire. Battre Iceman en Wallonie serait un véritable exploit ... Troisième, Felipe Massa s’accrochait tant bien que mal au wagon de ce duo explosif.
Le panache admirable de Raikkonen était vain pour décrocher Hamilton, tapi dans l’ombre de la Ferrari avec sa McLaren-Mercedes.
La fin de course épique allait décider du sort du Grand Prix de Belgique. Partant tout droit à la chicane, Hamilton doublait Raikkonen avant de ralentir pour compenser et s’éviter les foudres des commissaires sportifs. Sous la pluie, Raikkonen partait ensuite à la faute, compromettant tous les efforts d’une course somptueuse, digne de ses plus belles chevauchées passées. Lewis Hamilton cueillait la victoire, mais Felipe Massa l’en déposséderait sur tapis vert. Ayant couru comme un épicier, le Brésilien faisait la meilleure opération du week-end belge, peu avant de courir devant les tifosi à Monza.

En Lombardie, la pole et la victoire revenait au jeune espoir allemand Sebastian Vettel. Coéquipier de Bourdais chez Toro Rosso (ancienne écurie Minardi phagocytée par l’empire Red Bull), Vettel était déjà comparé à un certain Michael Schumacher. Comme le Kaiser en 1992 à Spa, Vettel gagnait sa première course sous la pluie. Et le jeune Allemand battait un record du précocité, celui du plus jeune vainqueur de l’Histoire (à 21 ans et 2 mois), en dépossédant l’Espagnol Fernando Alonso, lauréat à Budapest à 22 ans en 2003 avec Renault.

Le succès de Vettel ne souffrait aucune contestation, le pilote allemand ayant contenu les ardeurs d’une McLaren sur l’autodrome italien! Deuxième à Monza, Heikki Kovalainen n’avait pu s’opposer au pilotage prodigieux de Vettel sur sa Toro Rosso. Troisième,Robert Kubica confirmait son excellente saison.
Les favoris, eux, payaient un samedi raté, Hamilton et Raikkonen n’ayant pas passé le cap de Q2. Septième derrière Massa, Lewis Hamilton avait réussi une belle remontée dans le peloton, loin de l’exploit de Sebastian Vettel.

A Singapour, pour la première course nocturne de l’Histoire de la F1 (idée ayant germé dans l’esprit novateur de Bernie Ecclestone), Felipe Massa signait la pole. Un accident de Nelsinho Piquet (dont on apprendrait en 2009 qu’il s’agissait d’un coup monté par Flavio Briatore et Pat Symonds) provoquait l’entrée en scène de la voiture de sécurité. Rentrant au stand au moment propice, le coéquipier du fils du triple champion du monde Nelson Piquet, en l’occurrence l’Espagnol Fernando Alonso, récupérait une victoire inespérée. Le pilote d’Oviedo, sur une bonne série depuis Budapest (à l’exception de Valence, percuté au départ par Kazuki Nakajima), mettait fin à un an de disette. Son dernier succès en F1 avait été signe en 2007 à Monza, au volant d’une McLaren. Catalyseur de Renault, le champion espagnol profitait des malheurs de Felipe Massa. Leader avant l’accident de son jeune compatriote Piquet (dont la carrière ne résisterait pas aux terribles révélations du Crashgate), Massa se retrouvait douzième, par la faute d’un ravitaillement catastrophique de la Scuderia Ferrari. Une erreur du lollipop man provoquait le départ fulgurant de Massa alors que la F2008 était encore reliée à sapompe à essence par le tuyau d’alimentation ... Arrachant le tuyau de la pompe Shell, le pilote brésilien perdait un temps précieux. Son Grand Prix de Singapour était une Berezina. Revenant bredouille de Singapour, Massa cédait des points décisifs à Lewis Hamilton (84-77), troisième après une course sage et appliquée, derrière Fernando Alonso et Nico Rosberg, qui accomplissait une nouvelle fois une saison exemplaire chez Williams.

Au Japon, Fernando Alonso récidive avec une deuxième victoire consécutive. L’Espagnol devance Kubica et Raikkonen, tandis que les deux candidats au titre, Hamilton et Massa, ont sombré sur le circuit du Mont-Fuji. Près du célèbre volcan japonais, le pilote McLaren et le leader de Ferrari ont perdu leur sang-froid. Poleman, Lewis Hamilton a cédé à la panique au départ. Bloquant ses roues dans un nuage de fumée particulièrement visible, le pilote au casque jaune s’obstinait à vouloir bloquer Kimi Raikkonen. Relégué ensuite dans le peloton, Hamilton était percuté par Massa ... Condamné à une course anonyme, le pilote anglais rentrait bredouille du Japon, tandis que Massa récoltait une médiocre septième place (84-79).

En Chine, Lewis Hamilton rétablissait sa suprématie. Impeccable durant tout le week-end sur le circuit de Shanghaï, là où il avait stupidement abandonné en 2007 dans le bac à gravier, le champion de McLaren imposait sa flèche d’argent face aux Ferrari réduites à l’impuissance. Deuxième derrière Black Senna, Raikkonen cédait son accessit en Felipe Massa, en juste retour du sacrifice de son coéquipier brésilien à Interlagos en 2007. Massa, dominé par le pilote de Woking sans contestation, serait donc condamné à l’exploit à domicile pour tenter de renverser la vapeur (94-87), là où Hamilton pourrait se contenter d’une cinquième place.
Mais tout était possible, dans une saison 2008 où les deux protagonistes avaient brillé par leurs absences, dans un vrai festival d’occasions manquées. Felipe Massa avait commis plusieurs erreurs (Albert Park, Sepang, Silverstone), tout en étantfrappé deux fois par la malchance (Budapest, Singapour). Quant à Lewis Hamilton, il avait plusieurs fois commis des erreurs de jeunesse (Sakhir, Montréal, Fuji). Cependant, l’Anglais avait remporté des victoires plus convaincantes que son rival brésilien. Flamboyant vainqueur à Monaco, Silverstone ou Hockenheim, le pilote McLaren s’était montré doué sous la pluie, dans les dépassements, là où son rival de Ferrari ne comptait que sur des cavaliers seuls après avoir conquis la pole le samedi (Sakhir, Istanbul, Valence).

Au Brésil, Lewis Hamilton accomplissait une course prudente tandis que Felipe Massa signait la pole position à domicile. Leader implacable devant son public, le Brésilien aimait Interlagos. Vainqueur en 2006, deuxième en 2007 après avoir cédé sa première place à Kimi Raikkonen, Felipe Massa ne visait pas autre chose que la victoire pour l’édition 2008 de son Grand Prix national. Avec une épée de Damoclès sur la tête, Massa n’avait pas de questions à se poser. Il lui fallait remporter la victoire et espérer qu’Hamilton ne termine pas dans les cinq premiers de la course.

Derrière Massa, Fernando Alonso confirmait le retour en grâce du Losange. Le pilote espagnol de Renault avait accompli une fin de campagne tonitruante, accumulant 43 points depuis Budapest, soit le meilleur bilan de tout le plateau, Lewis Hamilton et Felipe Massa compris! Bouclant 2008 sur les chapeaux de roue, l’homme d’Oviedo montrait une fois de plus quel pilote exceptionnel il était. Autre pilote de génie, Kimi Raikkonen signait une troisième place de plus après Fuji et Shanghaï.
Longtemps quatrième, Lewis Hamilton céda sa place dans les ultimes tours du Grand Prix du Brésil, lorsque la pluie commença à rendre la piste d’Interlagos humide. Tout le culot du jeune allemand Sebastian Vettel s’exprima alors. Celui qui allait remplacer David Coulthard chez Red Bull en 2009, grand espoir de la F1, ne fit aucun sentiment au moment de dépasser Lewis Hamilton à quatre tours de l’arrivée. Timo Glock, le pilote Toyota, étant resté en pneus secs, l’Anglais se retrouvait sixième et virtuellement battu au championnat du monde.
Felipe Massa se retrouvait alors dans la position d’être couronné. Le Brésilien bouclait son oeuvre par une victoire à domicile, la sixième de son année, la onzième de sa carrière. Franchissant la ligne en champion du monde virtuel, Felipe Massa avait les larmes aux yeux sous son casque. La foule de Sao Paulo était émue, au pinacle de l’euphorie. Le Brésil allait enfin avoir un champion du monde, attendu depuis 1991 et le troisième sacre d’Ayrton Senna.

Quatrième derrière Alonso et Iceman, Vettel avait pu passer Glock, dont les pneus secs agonisants ne lui permettaient plus d’assurer un rythme suffisant. L’Allemand de Toyota avait perdu son pari. Ses gommes en charpie lui interdirent de garder sa cinquième place, récupérée à trois virages de la fin du dernier tour de course par Lewis Hamilton sur sa McLaren.
Jamais championnat du monde ne se terminait dans un tel suspense. L’épilogue était cruel ... Dans la précipitation, tout le monde pensait Hamilton battu quand l’Anglais coupa la ligne. Les observateurs voyaient Hamilton sixième au volant de sa flèche d’argent. Mais Glock était bien derrière et non devant celui qui était donc le nouveau champion du monde (98-97 devant Massa).
En moins d’une minute, le rêve évéillé de FelipeMassa virait au cauchemar. L’horrible nouvelle fut transmise au pilote brésilien dans son tour d’honneur par son ingénieur de piste, Rob Smedley ... Sur le podium, la dignité d’Alonso et Raikkonen n’avait d’égal que l’émotion de Massa.Face à son public, les larmes aux yeux, le Brésilien perdait la tête haute. Quelques mètres plus bas, au pied du podium, un jeune homme de 23 ans affichait un sourire ineffable ... Extrait du cockpit de sa McLaren-Mercedes, ayant retiré son casque jaune, Lewis Hamilton devenait à 23 ans et 10 mois le plus jeune champion du monde de l’Histoire de la F1, battant le record établi en 2005 par son ancien coéquipier, Fernando Alonso (à 24 ans et 2 mois).
Championne du monde des constructeurs, la Scuderia Ferrari n’avait pas tout perdu mais cette saison 2008 laissait un goût amer, entre la démotivation de Raikkonen et la défaite sur le fil de Massa.

Chez McLaren,Ron Dennis bouclait en beauté trois décennies exceptionnelles. Vêtu de tee-shirt orange (couleur de la victoire dans l’écurie, en référence à l’orange initié par Bruce McLaren), tout le personnel de l’écurie McLarenfêtait dans l’euphoriele titre de l’enfant prodigue, dans le garage d’Interlagos.Woking retrouvait la saveur d’une couronne mondiale, neuf ans après le deuxième titre pilotes de Mika Häkkinen, acquis fin 1999 à Suzuka. A l’époque, Lewis Hamilton avait quatorze ans ... C’était un autre siècle, mais Ferrari et McLaren bataillaient déjà au pinacle de la Formule 1.
par AxelBorg
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