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Ferrari vs McLaren : 1985, l’apothéose des turbos

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Ferrari vs McLaren : 1985, l’apothéose des turbos

Message par modena49 le Lun 18 Fév - 20:24


l’époque où les moteurs turbos atteignent plus de 1000 chevaux en qualifications, la Scuderia Ferrari et McLaren-TAG-Porsche s’affrontent au sommet de la pyramide, sous l’oeil jaloux des outsiders impuissants que sont BMW (Brabham), Renault (Lotus) ou Honda (Williams). Le cheval cabré de Ferrari doit cependant s’incliner face au cheval d’orgueil de Stuttgart. Porsche aide McLaren à conserver les titres mondiaux acquis en 1984 mais Alboreto a tenu la dragée haute à Alain Prost, dans une élite des pilotes où la densité du plateau est exceptionnelle, avec Keke Rosberg, Elio de Angelis, Nelson Piquet, Niki Lauda, Ayrton Senna ou encore Nigel Mansell. C’est à Brands Hatch, dans le Kent, que Prost devient le premier Français champion du monde des pilotes, et concrétise le rêve inachevé des Wimille, Behra, Cevert, Depailler, Laffite et autres Pironi.

1985 marque le sommet de la technologie turbo en F1. Importée par Renault en 1977 à Silverstone, le turbo a finalement convaincu tous les autres constructeurs et sonné le glas de l’hégémonie Cosworth.

Le glorieux moteur atmosphérique financé par Ford depuis 1967 aura porté les espoirs et les destinées de bien des constructeurs britanniques opposés à la prestigieuse Scuderia Ferrari. DeTyrrell à Williams en passant par Lotus, March ou McLaren, tous ont remporté des victoires grâce au Cosworth.

Renault a donc innové avec le turbo, suivi par la suite par BMW (Brabham), Ferrari, Honda (Williams)ou Porsche (McLaren)...

En 1983, Nelson Piquet est devenu le premier pilote couronné grâce à un moteur turbo, battant, ironie du destin, l’équipe Renault et Alain Prost ...

1984 voit McLaren, associée à Porsche imposer sa férule grâce au duo Lauda - Prost. Ce tandem d’exception offre les lauriers à Woking, repris depuis 1980 par Ron Dennis. Chef d’écurie de grande qualité, Dennis exige la perfection en tout point: pilotes, moteurs, ingénieurs ... Le moteur turbo Porsche est financé par le groupe TAG de Mansour Ojjeh. Avec Alain Prost, grand espoir de la F1, et Niki Lauda, triple champion du monde, Ron Dennis possède en 1985 un duo de pilotes redoutable.

La motivation du Viennois est cependant émoussée en 1985. Ayant atteint son objectif, suite à son come-back (1982), en gagnant à Estoril une troisième couronne mondiale en F1, l’Autrichien a laissé un énorme influx nerveux dans la bataille. Niki Lauda a pu compenser par son expérience son déficit de vitesse pure face à Alain Prost.

Virtuose de la course, le natif de Saint-Chamond s’est offert sept victoires en 1984.Prost espère enfin concrétiser en 1985 par une couronne mondiale qui s’est révélé utopique pour tant d’autres pilotes français, Cevert (décédé en 1973), Laffite ou encore Pironi.

Chez McLaren, le changement le plus notable concerne les pneus. Après avoir triomphé en 1984 avec Michelin, Woking se retrouve orpheline du manufacturier de Clermont-Ferrand, se tournant vers l’Américain Good Year. Ferrari, elle, conserve son moteur V6 turbo ouvert à 120 degrés mais positionne les turbocompresseurs non plus au centre du bloc mais de façon latérale, copiant ainsi le mode de fonctionnement de la concurrence (Honda, Renault, Porsche). La Scuderia a également développé une nouvelle boîte de vitesses à six rapports, tandis que McLaren, comme Lotus, a gardé une boîte à cinq vitesses.

L’ouverture du championnat se fait à Rio de Janeiro. Keke Rosberg ne monte pas longtemps la danse. Le Finlandais, ainsi que deux autres favoris (Nigel Mansell et Nelson Piquet) est vite contraint à l’abandon. Leader de Ferrari, Michele Alboreto prend les commandes du Grand Prix du Brésil devant Alain Prost. Dans la fournaise de Jacarepagua, le Français se retrouve devant un problème complexe: comment dépasser la monoplace écarlate? Au 18e tour, la solution miracle arrive pour le vice-champion du monde, Alboreto ayant manqué une vitesse ...Prost étrenne victorieusement sa MP4/2B conçue par John Barnard. Il devance la Ferrari de Michele Alboreto et la Lotus-Renault d’Elio De Angelis, lequel a devancé de justesse son jeune coéquipier brésilien Ayrton Senna, trahi par sa mécanique.

Ferrari, marquée au fer rouge par une maudite saison 1982 ayant vu le décès du prince canadien Gilles Villeneuve à Zolder et le terrible accident de Didier Pironi à Hockenheim, a réagi en 1983 avec le titre constructeurs pour le duo Tambay- Arnoux.
En 1984, à l’exception d’une victoire d’Alboreto à Zolder, Ferrari n’a pu que récolter les miettes du festin McLaren.

Le coéquipier d’Alboreto, René Arnoux, est licencié par Enzo Ferrari. Le Commendatore remplace alors le Grenoblois, pourtant quatrième à Rio de Janeiro, par le Suédois Stefan Johansson.

A Estoril, Alboreto enchaîne un deuxième podium consécutif derrière le prodige Ayrton Senna. Le Brésilien, auteur de la pole, se révèle un Rainmaster et ravive des souvenirs à tous les observateurs de la course ... Par sa rage de vaincre, sa virtuosité, sa vitesse, son panache, Senna est un cocktail de pilotes aussi merveilleux que Nuvolari, Moss, Clark, Rindt, Peterson ou Gilles Villeneuve. Grand espoir de la F1, le Brésilien va écoeurer son coéquipeir italien chez Lotus, Elio de Angelis.

Insatiable, l’archange de Sao Paulo travaille comme un stakhanoviste pour régler à la perfection sa belle monoplace noire et or qu’il mènera sept fois en pole position en 1985. L’art de la pole,qu’il porte au pinacle, est chez Ayrton Senna une sorte de sixième sens ...

Mais la fiabilité empêchera le brillant Senna de pérenniser les victoires face à Prost, favori suprême du championnat.

A Estoril, le Professeur a grillé un joker. Piégé par l’aquaplaning du circuit portugais alors que sa McLaren était à la poursuite de la Lotus d’Elio De Angelis, Prost laisse les commandes du championnat à Michele Alboreto, leader de Ferrari.

La Scuderia, orpheline d’une idole telle que le Canadien Gilles Villeneuve depuis 1982, reporte ses espoirs de sacre sur son pilote italien.

A Imola, sur l’autodrome Dino Ferrari, Prost s’impose mais se voit disqualifier car sa McLaren est en-dessous du poids légal. La victoire du Grand Prix de Saint-Marin revient donc, sur tapis vert, à Elio De Angelis.

Le duel Alboreto - Prost se précise en Principauté de Monaco. Dans le dédale monégasque, Senna réussit l’exploit de signer la pole mais c’est Prost qui signe une victoire importante sur le Rocher. En qualifications, plusieurs pilotes (Lauda, Alboreto)se sont plaints du comportement d’Ayrton Senna, coupable selon eux d’avoir gêné ses concurrents dans leurs tours rapides. 3e sur la grilleà 0"123 du natif de Sao Paulo, le pilote italien de Ferrari manque la pole de peu et peut être la victoire, qui revient donc au leader de McLaren après une course mouvementée. Trahi par son moteur au quatorzième tour, le poleman Senna laisse donc Alboreto mener la meute des gladiateurs de la vitesse. L’Italien fait hurler les chevaux de sa Ferrari turbo dans le labyrinthe monégasque. Piégé derrière l’accrochage entre Nelson Piquet et Riccardo Patrese au seizième tour, Alboreto se retrouve ensuite chasseur. La proie a pour nom Alain Prost. Le gibier français se fait dévorer par Alboreto quelques tours plus tard au prix d’un freinage étourdissant du pilote italien à Sainte-Dévote ... Mais Michele Alboreto commet ensuite la faute que Prost guettait avec attention. Mettant une pression colossale sur le pilote italien, Prost voit Alboreto toucher la rail et déformer sa jante. Contraint à un changement de roues, le fer de lance de la Scuderia doit s’incliner. Et malgré une belle poursuite en pneus neufs derrière Prost, Alboreto ne fera pas mieux que deuxième en Principauté, après avoir rattrapé puis dépassesses deux compatriotes Andrea de Cesaris et Elio de Angelis... Clé de voûte des succès de McLaren, Alain Prost commet moins de fautes de pilote que quiconque. Accusé parfois de courir comme un épicier, le Français est aussi régulier qu’un métronome, impressionnant de maîtrise et de contrôle face au panache de ses rivaux ...

La riposte de Ferrari intervient dès le début de la tournée nord-américaine. Au Canada, la Scuderia distance McLaren par un doublé Alboreto - Johansson. Alain Prost, 3e sur le circuit Gilles-Villeneuve, a assuré l’essentiel.

Trop souvent accusé de courir comme un épicier, le Français sait qu’il doit, comme les autres pilotes, ménager la consommation de son moteur turbo pour éviter les pannes sèches...

A Detroit, alors que Senna confirme par une nouvelle pole position qu’il est bien le meilleur pour tirer la quintessence d’un bolide de F1 dans un circuit urbain, Keke Rosberg l’emporte mais Alboreto, troisième, signe la bonne opération de ce week-end américainface à Prost, rentré bredouille.

La campagne 1985 s’annonce âpre entre Ferrari et McLaren. Woking et Maranello ont chacun de beaux arguments à faire valoir. Le panache d’Alboreto face au discernement de Prost.

Au Paul-Ricard, Prost ne peut faire mieux que troisième derrière Nelson Piquet et Keke Rosberg alors que son rival italien a du abdiquer sur une casse de son V6 turbo.

A Silverstone, Prost profite des ennuis de Senna pour s’imposer avec brio. Son dauphin du jour n’est autre qu’Alboreto ... Victime d’une panne sèche, le Brésilien a du freiner l’allure sur sa Lotus Renault, laissant Prost cueillir une belle victoire sur l’ancien aérodrome de la Royal Air Force. Le préposé au drapeau à damiers se trompe et abaisse le drapeau un tour trop tôt. Prudent, le pilote français de McLaren TAG Porsche poursuit le combat à vitesse de course et n’entame pas de tour d’honneur prématuré ...

Mais au championnat du monde, Michele Alboreto conservait toujours les rênes, avec 37 points contre 35 pour Prost.

Au Nürburgring, sur un circuit aseptisé qui usurpe le nom du géant de l’Eifel, le pilote italien va signer la plus belle victoire de sa carrière. L’exploit d’Alboreto sera longtemps rappelé par le Commendatore.
En 1987, voyant la domination de la recrure GerhardBerger sur son coéquipier italien, Enzo Ferrari déclarait: J’attends de revoir l’Alboreto qui a brillamment tenu tête à Prost en Allemagne en 1985.

Le fondateur de la Scuderia devait longtemps garder la nostalgie de cette course exceptionnelle. Parti seulement huitième sur la grille de départ, le pilote italien va pourtant battre Alain Prost (troisième des qualifications). Devancés par les fougueux Ayrton Senna (Lotus Renault) et Keke Rosberg (Williams Honda), l’Italien et le Français vont émerger du chaos en profitant des abandons du Brésilien et du Finlandais. Blotti dans les échappements d’Alboreto, harcelant le pilote Ferrari qui résistait à merveille à la pression, Alain Prost tenta donc l’impossible mais ce jour là, rien ni personne, pas même le destin, ne pouvait battre Michele Alboreto ... Victime d’un tête-à-queue, Prost se contente du premier accessit face au leader de la Scuderia, qui consolide son avance au championnat (46 contre 41).

En Autriche, Alain Prost signe le hat-trick, s’adjugeant pole position, record du tour et victoire ... Troisième, Alboreto limite les dégâts au championnat où les deux pilotes se retrouvent ex aequo, 50 à 50. Mais au bénéfice d’un plus grand nombre de victoires (4 contre 2), Prost serait sacré champion du monde si la saison s’achevait à Zeltweg.

La manche suivante, en Hollande, est l’occasion pour Niki Lauda de signer une ultime victoire en F1. Cruellement privé d’un succès à domicile, le Viennois piège son jeune coéquipier de McLaren en jouant sur la pression du turbo ... Prost, deuxième, accroît son avance sur Alboreto alors que Senna enchaîne de nouveau les podiums.

Quatrième, le pilote italien ne marquera plus un seul point de la saison. A Monza, Prost remporte la victoire devant le carioca Piquet et le pauliste Senna. Dans son fief italien, Ferrari est battue à plate couture par McLaren. Alboreto abandonne sur un problème moteur alors qu’il n’était qu’un anonyme cinquième, loin du leader Prost.
En Belgique, la pluie a inondé le circuit de Spa Francorchamps, ce qui permet à Senna d’effectuer une nouvelle démonstration de son talent sur piste humide.
L’adhérence précaire offre au nouveau Rainmaster un terrain de jeu idéal, dans la droite lignée des Caracciola, Clark et autres Ickx.

Troisième derrière Senna et Mansell, Alain Prost a fait un pas de plus vers le titre, car Alboreto a jeté l’éponge au quatrième tour sur un problème d’embrayage. Le leader de McLaren Porsche peut concrétiser son avance en lauriers dès le Grand Prix d’Europe, prévu à Brands Hatch.

Sur le circuit du Kent, Nelson Piquet et Ayrton Senna se livrent un somptueux duel en qualification. Très inspirés, les deux Brésiliens n’auront pas le dernier mot en course, qui revient à la Williams-Honda de Keke Rosberg.
Prost, lui, a effectué une course prudente après un mauvais départ. Le pilote McLaren, devant éviter la Williams Honda de Keke Rosberg, qui avait calé au départ, avait donc du passer par l’herbe. Onzième à Paddock Bend, treizième à la fin du premier tour, le Français se retrouvait donc derrière Alboreto, neuvième! Mais après une lente et implacable remontée, Prost retrouvait une place digne de son rang. Au bout de neuf tours, le leader du championnat avait opéré la jonction sur son rival italien, lequel devait jeter l’éponge (moteur cassé, une fois de plus en cette maudite fin de saison) au douzième tour.

Quatrième derrière Rosberg, Senna et Mansell, Prost est champion du monde des pilotes sur le circuit du Kent. Premier pilote français à gagner le titre suprême, le Professeur a donc vaincu Michele Alboreto, une nouvelle fois contraint à l’abandon. Six ans après son premier test pour McLaren, face à l’Américain Kevin Cogan (en novembre 1979), deux ans après la désillusion de Kyalami avec Renault(en 1983 contre Nelson Piquet), un an après son adoubement par son coéquipier et idole Niki Lauda, Alain Prost accomplissait sa quête du Graal. Il était champion du monde des pilotes, le numéro 1 ornerait donc le capot de sa McLaren en 1986...

Une fois la couronne acquise, Alain Prost se rend contre l’avis de la République Française, en Afrique du Sud pour la course de Kyalami. A Johannesburg, les boycotts sont nombreux afin de protester contre le régime de l’apartheid, mais le pilote français se range à l’autorité de son écurie, McLaren TAG Porsche.

Alors que la F1 découvre l’Australie pour la clôture de la saison 1985, le championnat du monde 1986 se profile déjà, mais Ferrari ne sera pas le prochain challenger de McLaren, car Williams-Honda a terminé la saison en trombe, avec trois victoires consécutives (Nigel Mansell à Brands Hatch et Kyalami, Keke Rosberg à Adeläide). Le Cavallino devra encore patienter pour atteindre l’Everest, la disette de Maranello va se poursuivre au grand dam du Commendatore ...
par Axelborg
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